L’onction de Béthanie

250px-MadeleineJn 12,  1-8 L’0nction de Béthanie

« Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, celui qu’il avait ressuscité d’entre les morts. On donna un repas en l’honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était avec Jésus parmi les convives.

220px-SpikenardEssentialOilOr, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l’odeur du parfum. Judas Iscariote, l’un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : «Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? ».

bourse1268Il parla ainsi, non parce qu’il se préoccupait des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce que l’on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la ! Il fallait qu’elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »

Il est intéressant de méditer ce texte par rapport à la question de l’argent et des biens pour se rendre compte qu’il ne s’agit peut-être pas d’abord d’une question économique.

  • Voir le geste de gratuité de Marie qui verse le parfum sur les pieds de Jésus. Ce parfum est très pur et de grande valeur : ceci souligne la « folie » du don de Marie (qui peut être ressenti comme un gaspillage), la gratuité du geste par amour. Quoi de plus volatile qu’un parfum? Il ne peut être réutilisé, ni réinvesti, il est donné une fois pour toute, à l’image du don de Jésus qui appelle notre don en retour. Amour pour amour.
  • L’amour que Marie a pour le Christ, déborde, a des retombées sur ceux qui sont là. Le parfum est quelque chose que l’on partage dans un instant d’intimité. Il lie par le souvenir à celui ou celle que l’on aime. Mais on ne peut en garder possession. Ici tous les convives invités à ce repas en bénéficient. Le parfum leur parvient à la mesure de leur proximité avec le Christ. C’est Marie qui partage la plus grande proximité en essuyant les pieds de Jésus après avoir versé le parfum, elle va emporter avec l’odeur du parfum dans ces cheveux, le souvenir d’une présence pour traverser les jours d’absence de celui qu’elle aime.
  • Ici le temps est éclaté et n’a plus d’importance. Marie anticipe ainsi du vivant de Jésus le geste de l’ensevelissement. L’amour déborde le temps.
  • A l’inverse Judas. Le prétexte de gaspillage lui sert à se cacher à lui-même le mensonge dans lequel il est pris par rapport à la vie cf Gen 3. Il prend pour lui et dérobe ce qu’il y a dans la bourse. Les relations n’ont d’intérêt que par ce qu’elles lui rapportent. Jésus est pour lui comme un objet pour combler un manque à être. Si l’objet ne rapporte pas le bien escompté, on le vend. Il est dans une étape de déception par rapport au Christ. Son rapport à l’argent laisse transparaître quelque chose de son rapport à la vie : il ne se situe pas dans un don,  dans la gratitude comme Marie, il ne sait pas recevoir la vie, il la dérobe. Du coup, il est seul, dans la jalousie de la vie qu’il ne possède pas en lui et qu’il ne sait pas recevoir. Sa vie n’est pas une vie en relation. Il ne reçoit pas la Parole qui pourrait l’engendrer et cela le conduit à la mort. Il est déjà mort avant le temps, de son incapacité à vivre dans l’action de grâce.
  • Ce passage nous dit aussi la tension qui sera toujours la nôtre dans le temps de l’Église : entre ce qui est à donner à Dieu et la charité envers les pauvres, aimer Dieu ou son prochain. Mais nous voyions bien ici qu’il ne s’agit pas de comptabilité, de donner plus ou moins de temps, plus ou moins d’argent. Comme Judas thésaurise l’argent de la caisse, on peut aussi thésauriser des biens intellectuels et spirituels pour soi-même et entasser dans son grenier. Tout est question de relations, de qualité et d’essence de la relation. Le choix n’est pas entre service de Dieu dans la prière et service des autres, mais dans l’accueil de Dieu comme Père, auteur de la vie, dans la reconnaissance et la gratitude d’être fils et fille de Dieu dans la prière comme dans la diaconia. C’est dans notre être d’enfant de Dieu que le discernement est toujours à opérer : là nous recevons la lumière.

Où suis-je ? Où est le don, où est le gaspillage en ma vie ?

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